Orages/Gard Orages : deux familles témoignentAgrandir cette imageRéduire cette image Cliquez ici pour la voir à sa taille originale.
Si les violents orages attendus dans le Gard dans la nuit de mardi à mercredi ont épargné une partie du département,
un secteur a été particulièrement touché : celui de la Gardonnenque, entre Nîmes etAlès.
Pour beaucoup, ce fut pire que lors des inondations historiquesde septembre 2002. Après une réunion de crise àLédignan, à laquelle assistait le sous-préfet d’Alès, Philippe Portal,huit communes – soit environ 7 000 habitants – vont demander lareconnaissance de l’état de catastrophe naturelle : Lédignan (toujoursprivé d’eau potable), Lézan, Cassagnoles, Massanes,Saint-Jean-de-Serres, Aigremont, Saint-Bénézet et Cardet, sûrement levillage le plus sinistré.
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heures, dans la nuitorageuse de mardi à mercredi. Un rond-point entre Nîmes et Alès,commune de Cardet, au lieu-dit du Pont troué.
Dans le fourgon familial,Cindy et ses trois fils tentent de fuir les pluies torrentielles.
Il sont quitté leur maison envahie par les eaux. Mais le véhicule est pris par le courant. « On est sorti du fourgon et les enfants se sont agrippés à moi. C’était difficile, en plus, Joan a le bras dans le plâtre… Je me suis dit : c’est bon, on va mourir là. »
Tant bien que mal, Joan (11 ans), Brad (10 ans), Tom (13 ans) et leur maman grimpent sur le giratoire. Ils sont rejoints par Joël, le père, parti récupérer ses parents qui séjournaient dans une dépendance du domicile.« On est resté sur le rond-point trois heures et demie, avant que les pompiers parviennent à nous récupérer en 4x4, raconte-t-il. Et on a fini la nuit dans un hôtel à Saint-Christol-lez- Alès. »
A l’hôtel, la famille Archer va y rester quelques jours. « On a tout perdu, poursuit Joël. On avait acheté il y a deux ans. J’avais tout refait de A à Z. Voiture, meubles… c’est que du matériel.
Mais les photos des enfants, personne ne nous les rendra. » A l’intérieur, l’eau est montée jusqu’à 1 m 20. Hier matin, alors que les pompiers sont venus prêter main forte à des propriétaires « traumatisés », Joël s’interrogeait : « Est-ce qu’on va rester là ?
Pour vivre ça chaque année, ça ne sert à rien. Mais on a un crédit sur le dos, et pour revendre, ça va être compliqué. J’ai discuté avec des voisins qui me disaient qu’il y a 60 ans, ce n’était pas inondable ici. Mais on a construit, construit, construit, et voilà le résultat. »
A quelques hectomètres de là, Sarah, Johan et leurs enfants de 15, 11 et4 ans sont dans le même cas. Le néant après le déluge. « Je suis anéantie, je me sens nue. Je n’ai plus de voiture, je suis infirmière libérale, je ne sais pas comment je vais faire pour aller travailler demain (aujourd’hui) »,
lâche Sarah.
Mardi soir, « je suis rentrée chez moi à 20 h 30. Ma mère gardait les enfants chez nous.
J’ai juste eu le temps de mettre le lapin et le perroquet à l’abri, et j’ai entendu un grand bruit :
la porte d’entrée avait cédé sous la pression de l’eau. »
Tout le monde court se réfugier dans les 20 m2 de l’étage.Quand l’orage cesse, il y a 75 cm d’eau en bas. Et plus grand-chose à sauver.
Pour cette famille recomposée, la journée d’hier a été terrible.
Dans la matinée, alors que le jardin s’est transformé en un gigantesque "vide-maison", elle reçoit la visite d’un… huissier.
L’histoire est abracadabrantesque. « On a acheté ici en 2006. Peu après, on a déposé un permis de construire pour agrandir. C’est là qu’on a appris que la maison était en zone inondable. On a alors intenté un procès au vendeur et au notaire. En novembre dernier, on a perdu et on a été condamné à leur verser des dommages et intérêts.
Le juge a estimé que l’on aurait dû se douter qu’on était en zone inondable… J’arrive de la région parisienne, je n’étais pas obligée de le savoir. » Et c’est hier que l’huissier est venu présenter l’ordonnance d’injonction de payer. Vu les circonstances, il n’a pas insisté…
L’après-midi, pompiers, élus (dont la sénatrice Françoise Laurent-Perrigot) et représentants de l’Etat (dont le sous-préfet d’Alès Philippe Portal) ont apporté un peu de soutien bienvenu.
Car ce matin, ces deux familles, comme quelques autres du secteur, repartent de zéro.