Hérault Incendies : la nature aussi panse ses plaiesParmi ceux qui ont eu à souffrir des grands incendies de la fin août dans l’Hérault, il y a l’environnement. Retour sur les lieux La colline qui domine Saint-Bauzille de Montmel exhibe, du plus loin qu’on l’aperçoit, ses flancs calcinés. Les falaises calcaires servaient, jusqu’ici, de parcours d’entraînement aux amateurs de varappe. Les pinèdes alentours faisaient la joie des randonneurs montpelliérains. Grimpeurs et marcheurs ne sont pas près de revenir sur les lieux.

Aujourd’hui quelques rares arbres tentent de survivre au milieu de la forêt pétrifiée. La nature a été la première victime du grand incendie du nord de Montpellier, le plus important depuis 1973. Le 30 août, 2544 ha ont été brûlés dans ce secteur.
En ajoutant les superficies

ravagées par les flammes le même jour dans le bassin de Thau, ce sont 3 000 hectares de massif forestier qui ont été réduits en cendres. Une plaie qui mettra des années à cicatriser.
Comment éviter que cela se reproduise ? Les efforts de vigilance et de prévention initiés par la préfecture et la Direction départementale des territoires et de la mer ont certes permis de faire baisser considérablement les dégâts. Mais chaque été la menace revient.Bertrand Fleury, directeur de l’office national des forêts (ONF) pour l’Hérault et le Gard explique que son organisme ne gère qu’une étendue très réduite des forêts de la région, même s’il intervient également dans des zones municipales à la demande des maires.
«
La loi sur le débroussaillement s’impose à tous » et «
les propriétaires privés qui ont un terrain de 25 hectares ou plus sont contrôlés », rappelle-t-il. Avant d’avouer fataliste : «
Ensuite on laisse faire la nature. Les espèces pionnières recolonisent progressivement les terrains brûlés, en particulier le pin d’Alep. Pour les feuillus c’est bien plus long… S’il n’y a pas d’autres incendies entre-temps. »
Le prélèvement régulier de la biomasse forestière, pour produire du bois énergie par exemple, permettrait une meilleure gestion de la forêt. Ingénieur agronome, Georges Fandos défend quant à lui le développement de l’agro-pastoralisme. «
L’expérience est déjà menée dans le Var où les éleveurs s’engagent par contrat avec les collectivités », explique-t-il. «
Il faudrait définir des zones stratégiques, apporter des aides, mais le coût serait bien inférieur à celui des incendies », affirme M. Fandos (dans le Var, le coût du pâturage a été évalué à 100 € par hectare).
Dans une région où l’élevage périclite, il s’agit peut-être d’une piste à défricher…
« La vigne est un formidable coupe-feu ! »Ce jour-là, Guilhem Vigroux était par monts et par vaux. Ce dynamique viticulteur, demeurant à Villeveyrac, près de Mèze (Hérault) ne compte pas ses coups de main auprès de confrères dont les vignes ont souffert d’être exposées à l’incendie du siècle, le 30 août.
Et parfois sérieusement asséchées.Sa profession s’est mobilisée. Pas question de se racornir dans le fatalisme. Pour remettre les vignes sur pieds,début septembre, ses journées commençaient à 2 heures du matin. «
Il fallait faire vite : certes, la vigne, pleine de sève, résiste bien à l’incendie mais les raisins sont une charge importante pour une vigne touchée. »
Et il n’est pas peu fier de démontrer l’intérêt écologique - connu et éprouvé - d’une vigne. En tant qu’ancien président des jeunes agriculteurs du Languedoc-Roussillon et dirigeant de la FNSEA de l’Hérault, il rappelle ce message : «
La vigne est un formidable coupe-feu ! » Il en veut pour preuve justement le dernier incendie. «
Les flammes de plusieurs mètres courraient sur toute la végétation »,dit-il. D’ailleurs, sur le terrain, le tableau est saisissant : d’un côté la vigne, roussie mais vivante ; de l’autre une pinède carbonisée.
Ainsi canalisé, le feu a emprunté cette frontière invisible pour foncer vers… Mèze. «
C’était phénoménal. S’il y avait eu davantage de vignes, le feu aurait pu être stoppé plus tôt »,affirme le viticulteur, en montrant une maison sauvée in extremis.Posant la question opportune de la poursuite de la politique d’arrachage des vignes…
D’ailleurs, de nombreux arpents «
sont laissés à l’abandon dans l’espoir de les rendre un jour constructibles », affirme-t-il. «
Il faut convaincre les collectivités que la vigne joue un rôle essentiel, y compris dans les zones très urbanisées. Un rapport du Conseil économique et social l’affirme : il faut une ceinture verte au nord de Montpellier. » Pour aller au-delà de l’émotion.